Institut de la Parentalité pour les professionnels
Face à l’urgence d’agir en protection de l’enfance, l’Institut de la Parentalité a lancé en 2025 ESPOIR, dont l’acronyme signifie Enfance, une Stratégie de Prévention Orientée attachement Informé et Régulation.
Interview de Michel Jorge, DGA de l’Institut de la Parentalité – 15 novembre 2025
L’objectif principal est d’agir beaucoup plus tôt pour éviter les situations où le lien entre l’enfant et ses parents est déjà abîmé. L’idée est de prévenir, plutôt que de réparer, en s’appuyant sur des approches fondées sur l’attachement, la régulation émotionnelle et la prévention psychique précoce en utilisant les leviers du soutien à la parentalité.
ESPOIR n’est pas un programme de plus. C’est un protocole coordonné et innovant permettant d’agir auprès des familles les plus vulnérables, en utilisant le levier du soutien à la parentalité. Il s’agit d’une « stratégie combinatoire » de programmes, soit l’articulation intelligente, graduée et évolutive de programmes probants, ajustés aux besoins réels des familles et aux contextes des territoires.
ESPOIR propose d’agir (d’abord en Nouvelle-Aquitaine) auprès de familles ayant fait l’objet d’une information préoccupante, qu’elle soit classée sans suite ou que la famille ait fait l’objet d’une mesure d’aide éducative (AED, AEMO). ESPOIR ne réinvente pas tout. Il va s’appuyer sur les dispositifs qui existent déjà et font leurs preuves : PANJO, par Santé Publique France , l’intervention relationnelle utilisée par les Canadiens, l’approche sensible au trauma inspirée du modèle ARC, et bien sûr ceux portés par l’Institut de la Parentalité, AVION et BASE.
Le but est de trouver la combinaison ajustée face à une situation particulière. Ces interventions sont destinées à être combinées selon la situation, la vulnérabilité, la temporalité et les besoins des familles. Il s’agit de proposer la réponse la plus appropriée. C’est ce qu’on appelle une approche « proportionnée », c’est-à-dire une construction par combinaisons, et non un déploiement linéaire.
Ensuite, l’idée est que tout programme ayant fait ses preuves pourrait être intégré à la stratégie, on pourrait penser à P.I.P.P.I. en Italie.
ESPOIR va évidemment se coconstruire en évaluant l’impact du soutien que l’on apporte, humainement et financièrement.
L’Institut de la Parentalité s’est créé en 2014 pour agir en prévention psychique précoce, dans le but d’éviter que se cristallise un certain nombre de pathologies de l’enfant.
Les Instituts de la Parentalité en France agissent sur de la prévention universelle en apportant son soutien à tous les parents, puisque le fait-même de devenir parent met en situation de vulnérabilité.
Mais il est urgent de faire plus, et plus tôt. Le constat est sans appel : le système public de protection de l’enfance est dans un état critique, saturé, ses acteurs sont morcelés, et les interventions arrivent trop tard. La protection de l’enfant subit des évolutions complexes à la fois systémiques et économiques (il coûte 12 milliards d’euros par an aux Départements).
Partant d’une base scientifique, clinique et économique, ESPOIR soutient qu’agir tôt permet d’éviter des troubles plus graves, de réduire la durée des placements, de soutenir la déjudiciarisation et limiter l’hyper-médicalisation. Enfin, il permettra de générer moins de coûts à long terme.
Un Comité de Pilotage, composé de membres de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, de l’Institut de la Parentalité, de Santé Publique France et des conseils départementaux volontaires. Il garantit l’orientation politique et le financement.
ESPOIR est aussi constitué d’un Groupe de Recherche et d’Innovation en Parentalité (GRIP) qui réunit une trentaine de chercheurs, des cliniciens, juge pour enfants, membres de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, … Des liens étroits sont tissés avec l’Université de Nantes, les universités québécoises (Montréal, Laval, Trois-Rivières), le CHU de Bordeaux et le Centre Polariss. Ce groupe garantit l’adaptation scientifique et organisationnelle d’ESPOIR.
Les premières étapes à horizon 2026 sont les suivantes : former les professionnels d’évaluation au service des CRIP à la théorie de l’attachement et coconstruire avec le référentiel HAS une évaluation plus fine des situations ; créer des équipes test dans plusieurs départements pilotes. Les équipes mettront en œuvre les programmes probants et avanceront dans une logique d’essai-erreur pour ajuster.
La démarche est pragmatique, elle combine action et évaluation pour permettre de réajuster les combinaisons si nécessaire. C’est un protocole dynamique qui, parce qu’il s’appuie sur un socle clinique commun, permet d’éviter la juxtaposition ou l’empilement.
ESPOIR vise à offrir à tous les enfants l’espoir d’une vie meilleure, et aux professionnels un sens retrouvé à leurs actions.
Depuis le lancement de la stratégie ESPOIR, un premier cap a été franchi : poser des bases solides, à la fois scientifiques et opérationnelles. Dès mars 2026, un travail de fond a été engagé avec un groupe pluridisciplinaire (chercheurs, cliniciens, acteurs institutionnels), autour des enjeux de trauma et de trauma complexe chez l’enfant. L’objectif est clair : s’appuyer sur des programmes qui ont fait leurs preuves à l’international et les adapter au contexte français.
En avril 2026, le premier comité de pilotage a marqué le démarrage concret du projet, avec une ambition partagée : mieux prévenir, plus tôt, en s’appuyant sur les dispositifs existants et en renforçant la coopération entre acteurs.
En parallèle, ESPOIR s’inscrit dans une dynamique résolument ouverte, nourrie par des collaborations internationales et des expériences de terrain. Un déplacement au Québec en mai 2026 a permis d’explorer des modèles de protection de l’enfance centrés sur la prévention précoce, les approches sensibles au trauma et l’appui sur la recherche. Ces échanges ont renforcé une conviction : intervenir tôt transforme durablement les trajectoires des enfants et des familles.
Aujourd’hui, ESPOIR avance avec une ligne directrice claire : relier recherche, pratiques professionnelles et politiques publiques pour construire des réponses plus coordonnées, plus humaines et directement utiles sur le terrain.








